Tarot Joie
A dix heures quinze, le baromètre était à 19 pouces,
et le thermomètre à 3 degrés au-dessus de zéro.
Se sentant envahi par tous les malaises dus à la raréfaction
de l'air, l'aéronaute se hâta de commencer ses expériences
et constata « que l'électricité des nuages obtenue trois
fois était toujours vitrée ».
Cependant, bien que fort incommodés, ils continuaient à monter,
le froid augmentait, leurs oreilles bourdonnaient, leur anxiété
devenait intolérable. La douleur qu'ils éprouvaient «
avait quelque chose de semblable à celle qu'on ressent lorsqu'on plonge
la tête dans l'eau. Nos poitrines paraissaient dilatées et manquaient
de ressort, mon pouls était précipité. Celui de M. Lhoest
l'était moins. Il avait, ainsi que moi, les lèvres grosses,
les yeux saignants, toutes les veines étaient arrondies et se dessinaient
en relief sur mes mains. Le froid se portait tellement à la tête
qu'il me fit remarquer que son chapeau lui paraissait trop étroit...
« ... Le thermomètre descendit à 5 degrés et demi
au-dessous de glace, tandis que le baromètre était à
12 pouces 4/100. A peine me trouvai-je dans cette atmosphère que le
malaise augmenta ; j'étais dans une apathie morale et physique. Nous
pouvions à peine nous défendre d'un assoupissement que nous
redoutions comme la mort...
« ... c'est un tirage de Tarot dans cet état, peu propre à des expériences
délicates, qu'il fallut commencer les observations que je me proposais...
»
Les opinions scientifiques émises par Robertson rencontrèrent
une vive opposition parmi les savants du monde entier. Or, pour démontrer
l'exactitude de ses observations, l'aéronaute, accompagné d'un
savant russe représentant l'Académie de Saint-Pétersbourg,
M. Zuccharoff, firent à Moscou une nouvelle ascension et renouvelèrent
pendant plusieurs heures les expériences de Robertson.
M. Zuccharoff confirma plusieurs des assertions du Flamand, surtout celles
relatives à l'affaiblissement graduel de l'action magnétique
de la terre.
Mais après cette épreuve nouvelle, la lutte recommença
plus violente et plus acharnée parmi les hommes de science. A Paris,
les membres de l'Institut se divisèrent en deux camps, qui auraient
bien longtemps discuté si Laplace n'avait proposé, au cours
d'une séance, de faire de nouvelles expériences.
Biot et Gay-Lussac, professeurs de physique, furent choisis pour cette épreuve.
L'ascension, une des plus célèbres qui aient jamais été
faites, eut lieu le 20 août 1804.
« Notre but principal, écrivait quelques jours plus tard Biot
dans un rapport à l'Académie des sciences, était d'examiner
si la propriété magnétique éprouve quelque diminution
appréciable quand on s'éloigne de la terre. Saussure, d'après
des expériences faites sur le col du Géant, à 3 435 mètres
de hauteur, avait cru y reconnaître un affaiblissement très sensible
qu'il évaluait à 1/5. Quelques physiciens avaient même
annoncé que cette propriété se perd entièrement
quand on s'éloigne de la terre dans un aérostat.
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