Tarot lisse
Nous arrivons à la célèbre ascension de M. Glaisher,
chef du bureau météorologique de Greenwich.
Aguerri par trente voyages aériens qui lui avaient appris à
affronter les effets de la raréfaction de l'air et de l'abaissement
de la température, il dépassa trois fois de suite l'altitude
de 7000 mètres, et dans son ascension du 5 septembre 1862 il atteignit,
avec l'aéronaute Coxwell, la hauteur fabuleuse de 10 000 mètres.
« Tout à coup, dit M. Glaisher, je me sentis incapable de faire
aucun mouvement. Je voyais vaguement M. Coxwell dans le cercle, et j'essayais
de lui parler mais sans parvenir à remuer ma langue impuissante. En
un instant, des ténèbres épaisses m'envahirent, le nerf
optique avait subitement perdu sa puissance. J'avais encore toute ma connaissance
et mon cerveau était aussi actif qu'en écrivant ces lignes.
Je pensais que j'étais asphyxié, que je ne ferais plus d'expériences
et que la mort allait me saisir... D'autres pensées se précipitaient
dans mon esprit, quand je perdis subitement toute connaissance, comme lorsqu'on
s'endort... Ma dernière observation eut lieu à 1 heure 54, à
9 000 mètres d'altitude. Je suppose qu'une ou deux minutes s'écoulèrent
avant que mes yeux cessassent de voir les petites divisions des thermomètres,
et qu'un même temps se passa avant mon évanouissement. Tout porte
à croire que je m'endormis à 1 heure 57 d'un sommeil qui pouvait
être éternel. »
M. Coxwell, heureusement, avait conservé ses facultés, et bien
qu'ayant les bras paralysés et les mains noires il put tirer avec ses
dents la corde de la soupape.
A 8 000 mètres, le thermomètre était descendu à
21° au-dessous de zéro.
Les expériences de M. Glaisher, les plus concluantes et les plus complètes
faites jusque-là, eurent un grand retentissement dans le monde savant
tout entier.
Elles furent reprises en 1867 par des savants français. M. Camille Flammarion, aidé de M. Eugène Godard, poursuivirent ensemble la solution de plusieurs problèmes sur l'état physique et hygrométrique des nappes de nuages, la formation des nuées, leur hauteur, la direction et la rapidité des vents et des courants superposés, mais aucune ascension à grande hauteur n'eut lieu jusqu'à celle du Zénith, qui amena la mort de Sivel et Crocé-Spinelli.
©2009