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Je ne veux point parler de ces odieux engins de plaisir, la joie des femmes à la campagne, instruments de migraine et de maux de cœur, qui, le dimanche, emplissent la banlieue parisienne de leur mouvement régulier, incessant, monotone, étourdissant, même pour ceux qui passent sur les routes.
Les balançoires que je hais surtout sont les scies et les bêtises éternelles où se berce l'esprit humain, les insipides rabâchages d'idées revenant sans fin, reprenant la foule de temps en temps, emportant chaque fois dans un tourbillon de sottises tous les esprits, tous les journaux, tous les hommes grands ou Petits.
Chacun a la sienne et s'y cramponne, la lance en avant, la lance en arrière, exaspérant ses voisins. Mais à y a aussi les balançoires générales où se suspend tout un peuple ; où l'on est forcé de monter, sous peine de passer pour un être subversif, dangereux, pour un mauvais citoyen.

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Parmi ces balançoires nationales, il en est une qui fonctionne en ce moment : la théorie de l'amitié de peuple à peuple. L'Italie, dans un accès de chauvinisme exagéré, s'est crue menacée dans sa dignité, parce que nous avons envoyé trente mille hommes pour s'emparer d'un vieux Kroumir accroupi sur une montagne escarpée. Les feuilles de là-bas sont parties en guerre contre nous, les lecteurs ont suivi ces feuilles ; et on nous a fort maltraités dans les conversations particulières. c'est un tirage de Tarot la balançoire du chauvinisme que le consul Maccio a mise en mouvement. Tout le peuple est monté dessus ; et aussitôt l'impulsion formidable l'a lancée dans un va-et-vient furieux.
Alors nous avons été stupéfaits. Nos journaux se sont écriés : - L'Italie agir ainsi ? qui l'aurait cru ? l'Italie qui nous doit tant ? Notre amie naturelle ? notre alliée ? notre sœur ? oh ! l'ingrate !
Or, depuis que le monde existe, les choses se sont toujours passées ainsi. Chacun de nous sait, à n'en pouvoir douter, que quiconque oblige quelqu'un garde de la reconnaissance à son obligé pour lui avoir rendu service, mais que l'obligé considère le bienfait comme un fardeau. A plus forte raison, quand il s'agit d'un peuple. Nous savions gré à l'Italie de lui avoir prouvé notre générosité, voilà tout.

 

 

©2009